Cher Albert,
Il y a déjà des semaines que je me dis qu'il faut que je t'écrive et puis voilà ce n'est pas encore fait.
Pas par manque de pensées pour toi mais par manque de temps.
Pardonne moi pour ma plume qui ne sera jamais à la hauteur de la tienne mais ce que tu vas lire
arrive direct du coeur.
Albert, dès que Patrick et moi t'avons rencontré la première fois à Spa en hiver 2002, tu nous es apparu
comme un sacré bonhomme barbu, un peu comme un extra terrestre...
Pourquoi? parce-que tu n'étais pas un parentdésenfanté mais tu n'étais pas quelqu'un
qui répétait des phrases "bateau" (je vous comprend..., si j'étais à votre place..., il faut aller de l'avant..., vous avez d'autres beaux enfants...., le temps fera avancer les choses, il faut laisser faire la justice....).
Tu es apparu comme une personne qui chose rare, exceptionnelle : écoutait, acceptait d'entendre le cri de douleur, de colère des parentsdésenfantés.
Hormis nos vrais amis, et bien entendu les parentsdésenfantés, tu fûs la seule personne avec qui nous avons osés être vraies, nous lacher, ne pas porter de masque.
De plus, pour ne rien gâcher, tu t'es montré dès le début avec un certain humour, une joie de vivre.
Après des partages, des commémorations, des moments douloureux, ta bonne humeur était présente.
Tu distribuais sans t'en rendre compte de la sérénité.
Nos enfants ne t'ont pas rencontrés souvent mais demande souvent de tes nouvelles, comme quoi le drôle de bonhomme barbu leur a plu aussi.
Tu t'es dépensé sans compter pour le GAR avec Cécile et les autres, c'est extra.
Je sais bien que tu es comme Cécile et que tu n'aimes pas les mercis mais comme pour Cécile, je passe au dessus de votre demande et nous tenons à te remercier pour tout ce que tu es et ce que tu nous as donné au moment de notre survie, de notre partie de vie qui est la plus douloureuse.
Nous te transmettons toute notre énergie, la vie est injuste, tu souffres à cause de cette maladie et je suis certaine que beaucoup de parentsdésenfantés pense comme moi, ce sont les assasins de nos enfants qui devraient être à ta place.
Pour terminer, je vais faire ce soir comme je fais avec Clarisse et Gauthier, j'ouvre la fenêtre de la chambre, nous nous plaçons devant et nous envoyons voler des dizaines de bisous dans le vent pour les faire monter jusqu'à Maxence.
Ce soir, ils seront pour toi aussi, je suis certaine que de ta chambre d'hôpital, tu les sentiras arriver.
Nous t'embrassons très affectueusement, nous sommes en admiration devant ton courage.
Françoise, Patrick, Bertrand, Maxence des étoiles, Gauthier et Clarisse